ON DEVRAIT TOUS ÊTRE
UN PEU INVRAISEMBLABLES
Oscar Wilde
C’EST UN BONHEUR DE
CROIRE UN TAS DE CHOSES
Jérôme Minière
ET SI LE MONDE N’ÉTAIT QU’UNE HISTOIRE HALLUCINÉE, QU’UNE ILLUSION ?
NE SERAIT-IL PAS IMPÉRATIF, DANS CE DÉLIRE, D’AVOIR DE L’ESPRIT ET DE FAIRE
PREUVE D’UNE LIBERTÉ D’INVENTION?
Le thème Incroyables et Merveilleuses se propose de bousculer certaines idées reçues,
de mettre à l’épreuve l’apparente stabilité du monde et de modifier le regard que
nous portons sur celui-ci par le recours à la fantaisie. C’est bien connu, la fiction
et les extravagances ont toujours été des antidotes efficaces à la sombre tristesse
; autant pour déjouer l’ennui de la conformité que pour malmener la rigidité implacable
de certaines règles. À ce titre, les figures du carnaval et du cirque –où se côtoient
le fantastique, l’improbable et la marginalité– nous offrent des métaphores fécondes
pour entrevoir, à travers un miroir déformant, les paradoxes et les contradictions
que recèle le réel. Ce dernier, avouons-le, s’avère, sous certains aspects, insensé,
risible et dérisoire. Avec la même acuité, la poésie et le délire proposent par
leurs licences face au sens commun, une répartie pleine d’esprit pour piquer le
réel dans ses certitudes, pour le regarder lucidement et le perturber.
Dans la sélection des artistes de ce Symposium, nous avons porté une attention particulière
aux pratiques qui entretiennent un lien avec la peinture et contribuent à la discipline
en faisant appel au collage, au dessin ou à la sculpture. Ces démarches sont dotées
de caractéristiques propres à l’univers du cirque telles la virtuosité, l’humour,
le spectaculaire, le fabuleux, la théâtralité et les jeux de la métamorphose.
Ainsi, le thème Incroyables et Merveilleuses –qui aurait pu tout aussi bien s’intituler
Variétés ou Coups d’éclat– compte déplacer les problèmes traditionnels du « goût
» vers ceux du désir, de la « beauté » vers ceux de l’intensité ; en revisitant
les notions du sophistiqué et du vulgaire, du naïf et du savant, du futile et du
sérieux, de l’insolite et du banal, de la maîtrise et de la spontanéité, de la critique
et du divertissement. Ces pratiques témoignent de la nature changeante et imprévisible
des choses et arrivent à mêler le sordide à l’enchanté en investiguant des mondes
inventés où l’étrangeté –qui n’est pas seulement inquiétante–, sait aussi se montrer
séduisante et magnifique. Nous avons privilégié les pratiques artistiques actuelles
qui ont un caractère narratif et qui partagent certains aspects de l’art historique
ou contemporain –par exemple– avec l’art de la grotesque (irréel, agrément décoratif
foisonnant, ridicule), avec les arts graphiques du XVIIIe et du XIXe siècle tels,
livres de contes, fantaisies et curiosités scientifiques, gravures satiriques (inventivité,
iconoclasme, éloge de la bizarrerie) et avec la tradition des ex-voto mexicains
(naïveté, expressivité, facture maladroite). Pour imaginer l’esprit général du travail
présenté lors de cet événement, nous référons aussi à l’influence de la bande dessinée
et particulièrement au « fanzine », caractérisé par une esthétique mordante, une
poésie crue, tordue et irrévérencieuse.
Grimaces, culbutes et pirouettes
Ainsi, à travers la malice du trait, une palette vénéneuse ou des assemblages
dignes d’un savant fou ; les projets sélectionnés pour ce Symposium sembleront se
soumettre au seul caprice de l’artiste pour nous fasciner et se moquer des conventions
; au détriment de l’harmonie, de l’ordre et de la recherche
MARTIN DUFRASNE, commissaire invité
NOTES BIOGRAPHIQUES DE MONSIEUR MARTIN DUFRASNE COMMISSAIRE DE LA 27ÈME SYMPOSIUM D’ART CONTEMPORAIN DE BAIE-SAINT-PAUL
Monsieur Dufrasne vit et travaille à Montréal et à Chicoutimi. Il possède un baccalauréat en design de l’environnement de l’UQÀM et un baccalauréat interdisciplinaire en art de l’UQÀC. Ses projets abordent des notions d’échange, de déplacement et de transformation par le biais de langages multiples : Installation, photographie et action. Depuis 1998, il poursuit parallèlement à sa pratique individuelle un travail en duo avec l’artiste Carl Bouchard. Ce corpus, composé d’installations, de performances et de photographies, aborde des sujets liés à des questions d’identité, de relation et de communauté.
Le travail de Martin Dufrasne a été présenté lors d’expositions individuelles et collectives au Québec, en Ontario, en Colombie, au Mexique et en France, notamment à la galerie Séquence à Chicoutimi, à la Galerie 101 à Ottawa, ainsi qu’aux centres en art actuel Le Lieu à Québec, Skol et Clark à Montréal. Depuis près de 10 ans, il est récipiendaire de subventions du Conseil des arts et des lettres du Québec et du Conseil des arts du Canada.
La diversité et la pluralité des connaissances artistiques de Monsieur Dufrasne, la grande qualité et l’originalité de son projet, ainsi que son expérience approfondi du milieu des arts l’ont désigné tout naturellement comme maître d’œuvre de la prochaine édition de ce grand événement.
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